Jeudi midi.
Arrivé sur le circuit. Temps frais et nuageux. 2 individus patibulaires (mais presque) m'indiquent d'un geste las que "ici" se dressera bientôt la tente du Challenge des Monos.. Je décide de planter à un jet de pierre. Eclaircies coupées d'averses de grêle…
Campeur depuis plusieurs décennies, c'est mon premier parking. Ou plutôt "paddock" ça fait plus ambiance course… Comment enfoncer les piquets ? Sur les con-seils d'un "ami" j'ai emmené une perceuse et un foret à béton. Nul ! Ça marche pas ! C'est "pas d'ac" qu'il fallait appeler ce foutu goudron ! J'essaie les clous : ça plante mais à cause du vent les élastiques se barrent. Je finis par trouver la méthode : Pré-trou au clou, puis sardine spéciale affûtée sur place et enfin sardine normale. J'aurais du prendre le gros marteau.
Le temps de planter la tente atelier, la tente dodo, et de dételer la bête, j'ai juste le temps de me faire une petite séance cool sur le mouillé histoire de me remettre le circuit en tête. (14€ quand même les 20mn)
Douche glacée et temps pourri.

Vendredi matin : Petite pluie et plus d'eau du tout aux sanitaires ! Je ressors 14€ pour 20mn de manège. Quelle galère ! Mal sur la moto, je me traîne comme une larve. Je déteste le mouillé ! L'après-midi c'est pire : il tombe des cordes sans discontinuer ! C'est ça le Sud ? Quand je pense à tous les Marius qui m'ont dit : "Putaing, cong, comment vous faites pour habiter le Nord, cong ? Chez nous y'a le soleil putaing cong". On s'est tapé 700 km plein sud depuis Paris où il faisait beau, et c'est l'hiver ici. Ça tourne à la Bérézina, on avait prévu les shorts et les lunettes de soleil, pas les bottes de neige ! Les tentes prennent l'eau, ma seule paire de pompes est trempée, je vous cause pas de l'état des gosses et de la tête de leur mère ! Je laisse tomber les essais de l'après-midi (j'ose pas dire que je jette l'éponge mais y'a de ça) La météo annonce beau temps pour demain. Je m'accroche à cette idée comme un naufragé à sa bouée.
2 satisfactions tout de même : le CT est passé quasi sans problème et surtout le banc Fuchs annonce 1,1 cheval (chevaux ?) supplémentaire. Voilà un petit bonus sympa de mon démontage / remontage complet de cet hiver.
22h : De la vapeur d'eau s'échappe du bloc sanitaire ! Et en plus y'a même pas la queue ! Incroyable ! Je cours chercher sac et savon. Ah enfin une douche chaude ! mmm c’est bon. Au moment où j'empoigne la serviette PAF plus de lumière, plus d'eau ! ça hurle. Juste bon pour moi mais dommage pour mes 2 voisins. Ils sont shampouinés de partout ! Je vais voir le groupe électrogène : il tourne mais y'a plus d'électricité donc plus d'eau . Là ou il y a de l'électrogène y'a pas de plaisir. Il pleut même pas.

Samedi 4h30 du mat. Les gouttes de pluie sur la toile me réveillent. Instantanément furieux ! Impossible de me rendormir.
Au programme d'aujourd'hui, les 2 séances qualif. Une en fin de matinée et l'autre en fin d'après-midi. Pourvu-que-je-sois-qualif-pourvu-que-je-sois-qualif-pourvu-que-je-sois-qualif….
Debout vers 7h.
9h00 La piste est quasi sèche ! Youpi !
10h. Il pleut. Je voudrais tuer quelqu'un. Mais qui ?
Midi. Ne pas oublier d'enlever les supports de béquille en alu devenus tricars. C'est à nous ! Il pleut plus depuis un moment, la piste est sèche sur la traj, sur une bande d'1,5 m. Pour les bons ça doit rouler sans problème mais avec mes trajectoires aléatoires j'ai peur de sortir de la partie sèche et de m'en mettre une. Ça serait dommage de plier la moto maintenant si c'est sec cet aprem ! D'un autre coté si c'est le déluge a 18h, la qualif c'est maintenant ou jamais, nom de nom !
Au fil des tours je pends confiance et l'Alphano descend sous les 2mn… L'avantage c'est que ça m'oblige à rouler proprement. Le plaisir de rouler revient. 15mn c'est très court, dommage je roulais de mieux en mieux. L'Alphano annonce le meilleur tour en 1'53"2. Pourvu que ça suffise pour être dans les 40 premiers !
Verdict : 1'52"765 officiel. 35ème donc QUALIF ! Youpiiiiii ! Quel soulagement …..
L'après midi passe agréablement, il fait beau. Y'a rien a faire sur la moto juste l'astiquer et la sticker.
18h : Qualif du soir. Beau temps, air frais. Idéal. La piste est entièrement sèche. Enfin ! Je vais pouvoir y aller a toc. La Bimota marche le feu de dieu. Couple, puissance, son. Y'a tout . C'est l'éclate ! Elle est beaucoup plus facile sur l'angle avec ses nouveaux pneus. Maniabilité, légèreté, sonorité. Que demander de plus ? Seul le frein dont la garde varie parfois m'inquiète un peu. Le circuit est un régal absolu, plongés en aveugle, compression délirantes, petits virages, grandes courbes, quel pied nom de Ledenon quel pied ! Les sliders frottent un peu partout. (sauf dans le triple qui me résiste).
Toutes les galères depuis l'année dernière, le temps passé, le fric dépensé, l'énorme investissement humain, tout est justifié !
Au bout des 15 mn je suis mort. Va falloir penser à améliorer la condition physique.
Verdict : 1'47"647. 15eme temps !! 6eme Stock !! Impossible… Z'êtes sûr qu'il y a pas d'erreur ? Non ? Incroyable ! Inouï ! Délirant ! Whaaa ! Trop bien ! Je vois dans le regard d'autres pilotes que je ne suis pas le seul surpris. Heu-reux le gars mézigue !
Le soir briefing + apéro. Je reste à la limonade, de toutes façons ça plane pour moi. C'est Lui qui explique le pourquoi du comment d'un tour de formation et d'un tour de chauffe. Intéressant. ("Lui" c'est Celui qui a créé le Challenge des Monos.)
Soirée tranquille sous un ciel étoilé, y'a de nouveau pas d'eau mais je m'en fiche….


Dimanche matin. 4h30. Le triple, le petit droit à toc, freinage face au pin, plonge à droite et vite les gaz…. Le film passe et repasse dans ma tête. Impossible de me rendormir..
Debout vers 8h. Je renonce à vous d'écrire l'état des gogues sans eau depuis la veille.
8h30 : Pas d'électricité pour les chronos du repêchage 500 Cup. Pas de PC, pas d'imprimantes, pas de photocopieuses, pas de feu de départ. Le gars de la FFM est un tantinet énervé. Je lui conseille d'aller visiter les douches, on se console mutuellement…
Contrôle de la brêle tout est ok. Je calcule / estime qu'elle a besoin de 7,5 l d'essence pour la course. Je décide d'en mettre 9. Loupé complet ça déborde… Faut absolument que je trouve un système pour jauger l'essence embarquée.
C'est pas la grande forme. Je tente une sieste. Les hauts-parleurs sont perceptibles depuis la tente : "Ooooooh peuchere ce freinageu de Morgan" Tiens c'est la junior cup !
L'après-midi, j'ai du temps pour voir les courses. En 250 y'en a que 5 qui rentrent fort dans le triple. Ça me rassure ! Je ne me fais pas d'illusions pour la mienne. Pendant les essais j'ai remarqué que c'est une chose de reprendre 1 ou 2 secondes au tour à un pilote, mais c'en est une autre que de le dépasser. Mes camarades de jeu ont une science de l'arsouille qui va me faire cruellement défaut en course. Pas grave ! le contrat c'était la qualif, maintenant c'est que du bonus ! Bien sûr marquer un petit point en stock ça serai top mais je suis pas prêt à tout pour ça.
Le temps se dégrade mais reste sec. Course prévue a 17h… y'a du retard.
17hXX : Pré-grille. Déjà mort de fatigue. Qu'est-ce-que je fais la ? En 4eme ligne ? Avec tous ces furieux derrière ? Ma belle couleur verte doit se voir de loin car Manu viens me dire : "T'es pas là par hasard. Tout ira bien". Merci ça réchauffe !
Les Monobikes tournent toujours… C'est long !
Autre sujet d'angoisse : Le temps ! ça se couvre de plus en plus… mais qu'est-ce-qu'ils foutent N.de D.! La bas, Brigitte frissonne sous les coups de vent. "Ils" attendent que ça tombe ou quoi ? Grrrrrrr.
18hxx Enfin on y va ! Mise en formation, tour de chauffe. La Bête ronronne impeccablement. Magique la grille de départ ! J'ai l'impression d'être "dans" la télé un dimanche de GP. Y'a même un petit rayon de soleil ! Super ! Feu rouge / vert : Gaaaaaaz !
Je part l'œil sur le compte-tour, l'embrayage grogne un peu, puis fait son boulot. Je relève la tête en vissant la poigné à toc : Horreur ! y'a une moto rouge couchée en travers juste devant ! Je coupe les gaz, esquive droite-gauche et remets à toc. Nom de nom de nom de nom c'est pas passé loin ! Deuxième, re-gaz. BRAOUM ! Dans un bruit d'enfer une escadrille de monos m'atomise. Keskicepasse ? Ah oui ! Ils ont pas coupé eux ! Pendant que je pousse la 2 ils sont à toc en 3 ! Les vaches, ils m'attendent pas… A l'entrée du triple je dois être dernier ou pas loin. Scène inoubliable : Un long serpent de monos, comme imbriqués les uns dans les autres dont la tête invisible disparaît dans le triple. C'est Ali baba et les 40 Monos ! Ah ce bruit phénoménal ! J'entends même plus la Bimota, pourtant elle a de la voix aussi ! Pétrifié par le spectacle, j'ai pas l'idée de plonger a la corde pour dépasser. Il va me falloir presque un tour pour me souvenir que c'est une course, pas une retraite aux flambeaux...
Gaz ! J'en passe au moins un à chaque tour jusqu'à mi-course. Génial ! Merci Bruno pour tes conseils : L'inter au fer à cheval ça marche bien ! Bagarre avec le 76. Grace aux watts de son proto il me repasse chaque fois en bout de ligne droite et je dois trouver des solutions dans le sinueux. J'apprends à rouler tout près en faisant abstraction de lui. Marre à la fin ! Je coupe quasiment pas à l'entrée du triple pour rester devant. L'avant dribble et le slider frotte pour la première fois dans le 2ème gauche. C'est chaud ! A la Carrierasse la moto bouge d'un coup et l'avant monte sur le vibreur intérieur ! (Pas pigé) En vrac à la sortie, la 76 recolle. Tout ça pour rien.. Je prends conscience de mon épuisement, et décide de rendre un peu la main. Tout ça nous a amené dans les pots de la Bimota de Fred. Marrant, j'ai l'impression de suivre Phil Read ! La 76 s'éloigne, Fred aussi… J'en peux plus. Sursaut d'orgueil dans l'avant dernier tour. Les Bimota roues dans roues ok mais la mienne devant ! Je fais mon meilleur temps en 1'45"7et dans la cuvette je pourrai toucher le dosseret de Fred. ça sera pas suffisant pour passer. Tanpis ! Je finis 23eme au général et 12 eme "Stock" Youpiie ! Les premiers points du monde de toute ma vie !!!
HEU-REUX !

Merci a tous ceux qui m'ont permis de realiser ce rève…

… certains non des moindres sont ici :
www.challengedesmonos.org



   

Pleut-il ?

   

CT

   
   

L'entrée du fameux triple gauche de Ledenon.

Celui qui attaque c'est "Pink Mike"